25.03.2008
Le système électoral et partisan espagnol
La situation politique à Bavay et dans le Bavaisis brouille les cartes de l'analyse. Elle est générée par l'attribution faussement "proportionnelle" des sièges municipaux, par un... mix... par un cocktail intentionnel de populisme et de conservatisme. Elle se caractérise par un apolitisme de façade, un apolitisme "gestionnaire", et une désorganisation des structures de partis traditionnels donc des projets politiques. C'est comme en Espagne...Sans qu'on puisse le comparer à Zapatero, le bilan d'Alain Fréhaut est un bilan brouillé, voire brouillon. "La campagne de M. Zapatero a été toute centrée autour de son image (sympathique, simple, optimiste) et de ses façons de faire (ouvert, disposé au compromis), qui lui ont valu quasiment lieu de projet, face à une droite qui s'est présentée avec les qualités à peu près inverses. Il a formulé des propositions dans la droite ligne de ce qu'il a fait depuis quatre ans, mais peut-être manque-t-il à sa campagne, là encore, une idée directrice." (2). En Espagne, le nationalisme local est grandement subventionné par l'Etat central. A Bavay, le particularisme local est grandement subventionné par les communes et l'intercommunalité. Voici donc une analyse du récent scrutin espagnol, avant l'analyse du positionnement d'Alain Fréhaut, et de sa liste grandement subventionnée. L'analyse du "système Fréhaut", sur un décor à l'espagnole, montrera que le "système Duriez" est voué à l'échec.
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Le système électoral espagnol pratique le mode de scrutin proportionnel, corrigé par ce qu’on appelle la loi d’Hont
L’Espagne compte 17 "Communautés Autonomes", elles-mêmes subdivisées en provinces, cadre géographique des circonscriptions électorales. Chaque circonscription envoie un minimum légal de deux sièges aux Cortès, le nombre de sièges suivants est attribué proportionnellement à la population de la circonscription. Aussi, les « régions » catalanes, madrilènes et andalouses – les plus peuplées – deviennent les zones-clés du scrutin.
La surreprésentation des zones rurales d'une part est donc la conséquence de ce mode électoral, avec d’autre part un «surcoût» en voix, pour l’obtention d’un siège dans les régions plus peuplées par rapport à un siège dans les circonscriptions les moins peuplées. Dans les deux cas, cela favorise tendanciellement le vote conservateur. Par ailleurs, le système électoral espagnol tend au bipartisme, mais c'est dû aussi à la spécificité du régime des partis.
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En effet, la spécificité du cas espagnol réside dans la superposition du clivage « parti central/parti nationaliste » au clivage « gauche/droite».
On dénombre 3 partis d’envergure nationale :
- le Parti Populaire (PP), l'hégémonique unique parti conservateur espagnol. Il rassemble en son sein toutes les familles de la droite (c'est-à-dire des démocrates-chrétiens, néolibéraux et conservateurs jusqu’au nationalistes castillans dans le genre FN (1). A Bavay, ce serait certainement le parti de Fréhaut.
- le parti de la Gauche Unie (Izquierda Unida), sorte de fédération de partis politiques rassemblant des communistes aux écologistes
- le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE).
A côté de ces partis de stature nationale, on retrouve des partis nationalistes/régionalistes, affirmant leurs revendications identitaires dans un certain nombre de Communautés Autonomes :
- Convergencia i Unio (CiU), parti nationaliste catalan, de droite modérée (influence démocrate chrétien),
- Esquera Republicana Catalunya (ERC) parti nationaliste de gauche catalan (seul parti revendiquant la République
- Initiativa per Catalaunya – Verds (ICV), qui est l’antenne catalane d’Izquierda Unida,
- Partido Nationalista Vasco (PNV), parti de droite chrétienne basque,
- Coalicion Canaria, spécifique aux îles Canaries,
- Bloc National Gallego (BNG), parti régionaliste de gauche en Galice
- Etc...
La liste est loin d’être complète. Certains mouvements et partis régionalistes n’ont pas d’existence parlementaire mais ont une certaine influence locale. C’est l’exemple du Parti Socialiste Andalou (PSA) ou de Parti Aragonais etc.
On peut mentionner aussi l’existence du Parti des Socialistes Catalans (PSC), autonome et distinct du PSOE mais qui reste son représentant en terre catalane.
La présence des ces partis nationalistes n’est pas sans conséquence sur le jeu politique espagnol.
Tout d’abord, bien qu’ils ne présentent de candidats que dans un nombre limité de circonscriptions, ils obtiennent autant, voir plus de sièges, qu’Izquierda Unida pourtant troisième parti d’Espagne en termes de vote.
Ensuite, ces partis identitaires mais de sensibilité de gauche ou de droite selon les cas, concurrencent les trois partis de stature nationale. C’est pourquoi le PP fait de faibles scores en Catalogne et au Pays Basques, où les électeurs ont le choix entre plusieurs droite; ou que le PSOE est fortement concurrencé (via le PSC) par ICV et ERC.
Enfin, ces partis nationalistes départagent le PSOE et le PP, en fonction des alliances conclues, lorsque ceux-ci n’obtiennent qu’une majorité relative. C’est ainsi qu’en 1993 Felipe Gonzalez, n’ayant pas obtenu une majorité absolue pour son 4ème mandat, dut s’allier avec les nationalistes catalans de la CiU. Ces derniers se rangèrent derrière Aznar lors des élections générales anticipées de 1996. Dernier exemple en date, José Luis Zapatero a dû composer avec l’appui de divers partis nationalistes pour s’assurer une majorité.
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Au regard de ce rapide panorama, il faut donc prendre un peu de distance avec les machines à sondages qui ont annoncé, tambour battant, une victoire socialiste par majorité absolue. En effet le système électoral et partisan joue structurellement en faveur de la droite.
Le Parti Populaire possède un double avantage: représentant le seul parti de droite au niveau national, il ne risque aucune concurrence sur son flanc droit, et bénéficie d'une assez faible volatilité des électeurs entre les deux grands partis pour ne pas être concurrencé sur le centre. Ensuite, le PP (dont le nombre de militants dépasse celui du PSOE, officiellement 600 000 contre 400 000) sait mobiliser ses électeurs. Dans une autre mesure, il bénéficie de l'appui d'une partie des milieux économiques et médiatiques, qui financent via des dons sa campagne électorale.
De son côté le PSOE est concurrencé sur sa gauche, au niveau national via Izquierda Unida, au niveau régional via les partis nationalistes de gauche. S'il peut se prévaloir d'un bon bilan, un problème patent d'infrastructures (l'affaire de l'axe reliant Barcelone et Madrid), la question de l'immigration (et donc de l'intégration) et des nationalismes (notamment catalan) peuvent lui être fatal. Malgré tout, dans l'hypothèse de résultats sérrés entre le PSOE et le PP nécessitant l'arbitrage des partis nationalistes, il est en meilleure position de recevoir ces appuis, que ne l'est le parti conservateur.
(1) Rappelons que la Parti Populaire a été longtemps présidé par Manuel Fraga, ancien Ministre de l’Information de Franco.
pour en savoir plus :
- http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/08/
les-trente-glorieuses-de-l-espagnes-achevent_1020359_3214.html#ens_id=999385
- (2) http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/07/
jose-luis-rodriguez-zapatero-un-reformateur-au-bilan-brouille_1019980_3214.html#ens_id=999385
- http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/07/
mariano-rajoy-le-dauphin-contrarie-de-m-aznar_1019981_3214.html#ens_id=999385
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